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L’Afrique pétrolière francophone résiste à la chute des cours

Par Ilyes Zouari - 22/11/2016

Par Ilyes Zouari, Secrétaire général adjoint /Trésorier adjoint de la revue "Population & Avenir"

 

Les pays francophones pétroliers se distinguent par leur résistance à l’effondrement des cours du pétrole. Diversification et meilleure gouvernance expliquent en bonne partie cette singularité francophone. Mais un éventuel accord de libre-échange UE-CEMAC pourrait menacer ce dynamisme.

Selon le dernier rapport trimestriel du FMI, publié en octobre dernier, les pays francophones gros producteurs de matières premières seront pratiquement les seuls de leur catégorie, sur le continent africain, à connaître une croissance significative en 2016.

Une singularité francophone
Le taux de croissance devrait ainsi se situer à 4,8 % pour le Cameroun, 3,6 % pour l’Algérie (meilleure performance du Maghreb), 3,2 % pour le Gabon, 1,7 % pour le Congo, et à 3,9 % pour la RDC, grand producteur de minerais et de métaux, et premier pays francophone du monde (74 millions d’habitants). À l’inverse, il devrait d’établir à 0,0 % pour l’Angola, être largement négatif au Nigéria (-1,7 %), et se situer à 0,1 % pour l’Afrique du Sud (pays aux grandes industries minières).

Ceci confirme donc la tendance observée en 2015, lorsque la croissance avait atteint 5,8 % au Cameroun, 4,0 % au Gabon, 3,9 % en Algérie, 2,3 % au Congo, et 6,9 % en RDC. Alors qu’elle s’était située à 3,0 % en Angola, 2,7 % au Nigéria, 1,3 % en Afrique du Sud, et avait été négative au Botswana (-0,3 %, avec un rebond à 3,0 % cette année).

L’Afrique subsaharienne francophone affichera donc les meilleures performances du contient pour la quatrième fois en cinq ans, étant également tirée par les très bons chiffres des pays d’Afrique de l’Ouest (8,0 % de prévus pour la Côte d’Ivoire, 6,9 % au Sénégal…). Cet ensemble de 22 pays avait déjà observé une croissance annuelle globale de 5,1 % sur la période 2012-2015 (5,6 % hors cas très particulier de la Guinée équatoriale). L’Afrique subsaharienne anglophone avait connu une moyenne de 3,7 % (Éthiopie et Rwanda inclus).

Diversification et bonne gouvernance
La résilience des pays francophones s’explique en bonne partie par les progrès en matière de diversification. D’ambitieux programmes ont été lancés, tels que le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) et le Plan Cameroun émergence 2035, avec pour objectif de développer le secteur agricole et les industries agroalimentaires, tout en créant des pôles métallurgiques et des industries pétrochimiques afin de mieux tirer profit des ressources naturelles déjà exploitées. Ces politiques ont permis au Gabon, au Cameroun et au Congo d’afficher un taux de croissance hors hydrocarbures compris entre 4 % et 5 % en 2015.

Dynamique également valable pour l’Algérie, première économie francophone du contient, qui a affiché une croissance hors hydrocarbures de 5,5 % en 2015 (principalement tirée par l’agriculture et les industries légères, secteurs longtemps sacrifiés). Même si le pétrole et le gaz pèsent encore pour plus de 95 % de ses exportations (comme pour l’Angola), leur part a toutefois été ramenée à 27 % du PIB (45 % en Angola).

Par ailleurs, des avancées ont été accomplies en matière de transparence. En témoigne, par exemple, le succès de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), qui consiste à réunir des représentants du gouvernement, d’entreprises et de la société civile en vue de parvenir à une gestion ouverte et responsable des ressources naturelles. Bien que lancée par un anglophone (Tony Blair, en 2002), et gérée par une structure basée en Norvège, c’est en Afrique francophone que l’ITIE a connu l’accueil le plus favorable.

Le Cameroun, le Congo, la RDC et le Tchad ont adhéré à cette norme mondiale, déjà adoptée par 13 des 19 pays francophones d’Afrique subsaharienne (hors petits États insulaires). Soit un taux de 68 %, contre seulement 38 % pour les autres pays subsahariens.

Toutefois, les pays francophones d’Afrique centrale progressent moins vite que ceux d’Afrique de l’Ouest pour ce qui est du climat des affaires. Le Gabon, 164e, et le Cameron, 166e, sont ainsi les pays de la région à être les mieux classés dans la dernière édition du rapport «Doing Business», publié par la Banque mondiale (édition 2017). Positions qu’il convient, cependant, de nuancer au regard de celles des deux grands pays voisins que sont le Nigéria (169e) et l'Angola (182e).

 


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FMI ? Non, merci !
Pour faire face à la chute de leur croissance, et parfois à l’effondrement de leur monnaie depuis deux ans (– 40 % pour l’Angola, -45 % pour le Nigeria, -60 % pour le Mozambique), bien des pays africains, gros ou moyens exportateurs de matières premières, ont dû se tourner vers le FMI : Angola, Mozambique, Zambie, Ghana… tandis que le Nigeria préférait demander l’aide de la Banque mondiale.

Cette tendance ne se retrouve, toutefois, chez aucun des pays francophones exportateurs, dont la solidité économique est ainsi confirmée. Solidité, par ailleurs renforcée par un endettement globalement maîtrisé, à l’inverse de certains pays où il a très fortement augmenté, tel que l’Angola (passé de 41 % du PIB en 2014 à 78 % en 2016) et le Mozambique (passé de 62 % à 113 %). Au niveau continental, seuls deux pays francophones, le Congo (8e) et les Seychelles (9e) se trouvent parmi les dix pays les plus endettés (resp. 69 % et 67 % du PIB.)

Une France à «réveiller»
La France a donc tout intérêt à s’intéresser davantage à ce relai de croissance qu’est l’Afrique francophone (370 millions d’habitants sur un territoire vaste comme 3,1 fois l’UE). Cet ensemble n’a représenté que 3,7 % de son commerce extérieur en 2014, dont 1,1 % pour la partie subsaharienne. Ceci est d’autant plus justifié que le lien linguistique constitue un avantage comparatif qui permet à lui seul d’accroître considérablement les échanges (jusqu’à + 65 %, selon le rapport Attali sur la Francophonie).

À titre d’exemple, ce n’est pas un hasard si l’hexagone est le second investisseur étranger au Québec (après les États-Unis), et si les Québécois sont proportionnellement quatre fois plus nombreux que les Américains à venir – et à dépenser – en France chaque année.

La France se doit donc aussi de s’opposer à tout ce pourrait entraver la pérennisation de la croissance africaine, comme l’instauration fort prématurée de zones de libre-échange entre l’UE et l’Afrique francophone (CEDEAO et CEMAC). Alors que TAFTA et l’AECG (Accord économique et commercial global, entre l’UE et le Canada) sont eux-mêmes sources d’inquiétudes, comment s’imaginer que des accords à peu près semblables ne puissent nuire à l’industrialisation des pays africains, bien moins développés ?

D’autant plus que les aides récemment promises par l’UE à la CEDEAO (6 milliards d’euros sur 20 ans) ne représentent qu’un euro par habitant et par an. Dans le même temps, quelques dizaines de milliards d’euros sont annuellement injectés dans les pays d’Europe de l’Est et en Grèce, moins peuplés, plus développés, et qui se tournent d’abord vers l’Allemagne et l’Autriche...
MOTS CLES :  Afrique Francophone   Baril   Ilyes Zouari 

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  • Ilyes Zouari: Secrétaire général adjoint /Trésorier adjoint de la revue "Population & Avenir" (démographie et géographie humaine)
  • Ex-Administrateur de l'association Paris-Québec.
  • Auteur du "Petit dictionnaire du Monde francophone" (L'Harmattan, Avril 2015)
  • Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journaldemalabo.com.
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