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Le FMI accorde un programme de prêt controversé à la Guinée équatoriale

Le Fonds monétaire international (FMI) a accordé un programme de prêt d’« environ 283 millions de dollars » (254,8 millions d’euros) à la Guinée équatoriale, a annoncé l’institution sur son site le 18 décembre 2019. Et ce malgré les vives critiques d’ONG internationales. Selon le FMI, le programme permettra d’approfondir les « efforts du gouvernement (équato-guinéen, NDLR) au cours des dernières années pour réduire les inégalités et pour lutter contre les problèmes de corruption ». Pour le directeur général adjoint de l’institution financière, Tao Zhang, cité par Reuters, « priorité devrait être donnée à renforcer le cadre de la lutte anti-corruption en s’attaquant aux conflits d’intérêt, en adoptant et appliquant un solide régime de déclaration de patrimoine pour les hauts fonctionnaires ».

Plusieurs ONG internationales, dont Amnesty International, Human Rights Watch (HRW) et Oxfam, avaient demandé au FMI de reporter le vote pour exiger des efforts supplémentaires du gouvernement du petit pays d’Afrique centrale, troisième producteur pétrolier d’Afrique subsaharienne.

« La corruption, la pauvreté et la répression des droits civils et politiques ont continué de saper les droits humains en Guinée équatoriale sous la présidence de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 1979, ce qui fait de lui le plus ancien président en exercice au monde. Les importants revenus du pétrole ont financé les modes de vie somptueux de l’élite politique, tandis que peu de progrès ont été réalisés pour améliorer l’accès aux soins de santé et à l’enseignement primaire », explique HRW dans son rapport mondial 2019.

Le pouvoir, dirigé d’une main de fer, est familial, rappelle Le Figaro. Le fils du chef de l’Etat, Teodoro Nguema Obiang Mangue (connu sous le prénom de Teodorin), actuel vice-président, doit lui succéder. Le demi-frère de ce dernier, Gabriel Mbega Obiang Lima, est ministre des Mines, de l’Industrie et de l’Energie. Un poste essentiel dans un pays où le pétrole, découvert dans les années 1990, représente 86% du Produit intérieur brut et plus de 99% des exportations.

La découverte des hydrocarbures a permis de multiplier ce PIB par dix entre 1999 et 2009. Le PIB par habitant dépasse 10 000 dollars, plus important que celui de pays comme la Chine ou le Brésil. « Pourtant, 400 000 de son million d’habitants vivent dans la pauvreté », explique Reuters. « Obiang n’a jamais investi dans la santé ou l’éducation. Il préfère laisser croupir le peuple dans la pauvreté et l’inculture plutôt que risquer le voir se rebeller. La misère est la stratégie politique du pouvoir », témoigne un opposant cité par Le Figaro.

« Une série internationale de plaintes pour corruption suit le fils du président, qui demeure vice-président », selon l’ONG équato-guinéenne de défense des droits humains EG Justice. Le vice-président Teodorin Obiang avait notamment été condamné en première instance en 2017 à Paris dans l’affaire des biens mal acquis, décision dont il a fait appel.

« L’économie équato-guinéenne a été affectée par la chute des cours du pétrole ces dernières années et par une baisse naturelle de sa production d’hydrocarbures », précise pour sa part le FMI. Résultat : depuis 2013, elle est en récession. Les taux de croissance ont atteint -4,1% en 2013, -0,5% en 2014, -7,4% en 2015 et -9,9% en 2016. Dans ce contexte, le but de l’aide financière du Fonds est « de soutenir la reprise de l’économie, qui se contracte depuis six ans et de promouvoir une croissance durable et inclusive ».

40,4 millions de dollars seront débloqués immédiatement et le reste du prêt sera rendu disponible sur trois ans, avec des examens tous les six mois, précise l’institution.

La Guinée équatoriale est le dernier des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac) à avoir passé un accord avec le FMI. Elle rejoint ainsi le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Tchad et le Gabon, eux aussi frappés de plein fouet par la chute des prix du pétrole. Mais le ministre équato-guinéen des Mines, de l’Industrie et de l’Energie, Gabriel Obiang Lima, minimise le problème. « La Guinée équatoriale n’est pas un pays qui a besoin de 200 millions de dollars. Nous faisons (cette somme, NDLR) en deux mois », explique-t-il, cité par Reuters…



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