Politique › Judiciaire

Le procès de Teodorin Obiang dans l’affaire « biens mal acquis » se poursuit

C’est un nouveau procès qui s’est ouvert le lundi 9 décembre pour Teodorin Nguema Obiang, deux ans après le premier jugement. Le vice-président de Guinée équatoriale, et fils de l’actuel chef d’État, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, est jugé à Paris dans l’affaire des « biens mal acquis », la première du genre en France.

Hasard du calendrier, l’oncle du président syrien, Rifaat el-Assad est également jugé en ce moment même pour le même motif. Les deux hommes sont accusés d’avoir acquis des biens mobiliers et immobiliers dont le financement trouve sa source dans des détournements de fonds publics appartenant aux États concernés. Depuis 1991, ce détournement de biens publics est considéré comme une violation des droits de l’homme à la suite d’une décision du Conseil économique et social des Nations unies. Si elle est avérée une seconde fois, l’ampleur des biens détournés par Teodorin Obiang serait considérable.

Les enquêteurs, dépêchés à la suite de la plainte instruite par les juges les juges Roger Le Loire et Charlotte Bilger, ont notamment relevé qu’entre 2004 et 2011, près de 110 millions d’euros provenant du Trésor public de Guinée équatoriale avaient crédité sur le compte personnel du fils du président. Certains achats avaient d’ailleurs été réglés par des entreprises équato-guinéennes comme Somagui Forestal, une société d’exploitation forestière qui était sous son contrôle quand il était ministre des Forêts. Autre acquisition dans le viseur de la justice, celle d’un hôtel particulier de la capitale française situé au 42, avenue Foch de 4 000 mètres carrés, comprenant, entre autres, une discothèque et une salle à manger en corail. Des voitures de luxe ainsi qu’un yacht sont aussi « sur le banc des accusés ». En première instance, ils avaient valu au vice-président une condamnation à trois ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amende et la confiscation de ses biens.

Fils aîné du couple présidentiel, Teodorin Obiang s’est toujours fait remarquer pour son train de vie, digne d’un milliardaire. Voyages, voitures et montres de luxe, villas dans le monde entier… l’Équato-Guinéen de 50 ans n’a jamais caché sa fortune. Une attitude déconcertante alors même que dans son pays 70 % de la population vit avec moins d’un euro par jour. Et où le salaire moyen d’un ministre de l’Agriculture ne dépasse pas 3 200 euros par mois, poste qu’il a occupé de 1997 à 2012. Avant cela, le fils du président a été élève d’un pensionnat en Normandie puis étudiant à l’université Paris-Dauphine. Il obtient ensuite un diplôme de l’université Pepperdine à Malibu, où, d’après le journal américain Time, il n’est pourtant resté que cinq mois. Dirigeant par la suite de nombreuses compagnies d’exploitation forestière et de la seule station de radio privée du pays, Radio Television, Teodorin Obiang finit par grimper au poste de vice-président du pays en 2016.

Sa condamnation en première instance l’année suivante avait ouvert la voie en France à un débat inédit sur la restitution « des biens mal acquis », jusqu’ici laissé en suspens. La première initiative visant à combler ce vide juridique vient des sénateurs qui, en mai 2019, votent en première lecture une proposition de loi. Elle prévoit la création d’un fonds destiné à recueillir les recettes provenant de la confiscation des biens mobiliers et immobiliers des personnalités politiques étrangères condamnées en France pour avoir usé de leurs fonctions à des fins d’enrichissement personnel. Une résolution appuyée par un rapport, remis en novembre à la garde des Sceaux par deux députés.

Si le dispositif s’applique un jour, il pourrait recevoir les fonds, soupçonnés d’avoir été perçus de manière illégale, du président gabonais décédé Omar Bongo ou de l’actuel dirigeant congolais Denis Sassou-Nguesso. Si l’hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine – avec sept pièces et piscine intérieure – acquis par Julienne Sassou Nguesso, la fille du président, et son mari Guy Johnson, avait été saisi à titre conservatoire, plusieurs autres biens immobiliers ainsi qu’une dizaine de voitures de luxe sont, eux, d’ores et déjà dans le collimateur de la justice.


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Publié le 05.04.2019

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