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Le Soudan donne le coup d’envoi à une transition vers un pouvoir civil

Les dirigeants militaires au Soudan et les chefs de file de la contestation doivent samedi signer un accord historique ouvrant une période de transition vers un pouvoir civil, après des mois de troubles.

Cette cérémonie officialisera plusieurs documents, principalement les déclarations constitutionnelle et politique, sur lesquels se sont mis d’accord le Conseil militaire de transition et les représentants de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation.

Obtenu après de difficiles négociations, l’accord a mis fin à des mois de manifestations, déclenchées le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain avant de se transformer en contestation du pouvoir du général Omar el-Béchir destitué et arrêté par l’armée le 11 avril .

Le jour de la signature de l’accord coïncidera d’ailleurs avec l’ouverture du procès de M. Béchir inculpé de corruption.

Plus de 250 personnes ont été tuées dans la répression du mouvement de contestation, notamment la dispersion brutale d’un sit-in devant le QG de l’armée à Khartoum qui a fait 127 morts le 3 juin, selon des médecins proches de la contestation.

Conclu avec la médiation de l’Union africaine (UA), l’accord a été accueilli avec enthousiasme: les manifestants ont célébré la victoire de leur « révolution » et le Conseil militaire ayant succédé à M. Béchir a assuré avoir évité une guerre civile.

– Plusieurs échéances –

Le Conseil souverain de transition, qui remplacera le Conseil militaire, sera constitué de six civils issus de l’ALC et de cinq militaires, et sa composition doit être révélée dimanche.

Il doit ensuite confirmer mardi la nomination par l’ALC de l’économiste Abdallah Hamdok, un ex-haut fonctionnaire de l’ONU, au poste de Premier ministre. Le gouvernement sera lui formé le 28 août en majorité par des civils et il rencontrera le Conseil souverain le 1er septembre.

La transition, commencée le 4 août avec le paraphe de la déclaration constitutionnelle, durera trois ans et trois mois et s’achèvera par la tenue d’élections dans ce pays de 40 millions d’habitants dirigé pendant trois décennies d’une main de fer par le général Béchir.

Au gouvernement, les ministres de l’Intérieur et de la Défense seront choisis par des membres militaires du Conseil souverain.

Les 300 membres de l’assemblée législative, dont 40% de femmes, seront nommés dans les trois mois suivant la signature de l’accord. Au total, 67% des sièges doivent aller à l’ALC et le reste à des partis, à condition qu’ils ne soient pas liés à l’ex-président qui était arrivé au pouvoir en 1989 après un coup d’Etat soutenu par les islamistes.

Les militaires ainsi que les Forces de soutien rapide (RSF), puissante organisation paramilitaire seront placés sous le commandement du chef de l’armée. Les RSF ont été accusées d’avoir mené la dispersion sanglante du 3 juin.

Une fois doté d’un pouvoir civil, le Soudan pourra réintégrer l’UA, dont le pays a été suspendu après la dispersion du sit-in.

– Groupes rebelles absents –

De nombreux défis attendent néanmoins les nouvelles autorités, selon les experts.

« Le plus grand défi auquel le gouvernement sera confronté sera de démanteler le noyautage des structures étatiques par les islamistes (…) qui ont pris le contrôle de toutes les institutions et des secteurs clés de l’économie, dont des centaines d’entreprises de l’industrie militaire », dit Rosalind Marsden, du cercle de réflexion Chatham House.

De plus l’ascension politique du chef des RSF, Mohammed Hamdan Daglo, devenu numéro deux du Conseil militaire après la chute de M. Béchir, fait partie des questions les plus épineuses. M. Daglo est accusé d’avoir mené la répression contre les manifestants et commis des atrocités lorsqu’il était à la tête des milices Janjawid au Darfour.

Le sort de M. Béchir reste aussi flou. Certains ont vu dans son inculpation pour corruption un signe que la justice ne s’attaquera pas aux accusations de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide au Darfour portées contre lui par la Cour pénale internationale de La Haye, qui réclame son extradition.

Sans oublier que plusieurs groupes rebelles de régions en conflit comme le Darfour, le Nil-Bleu et le Kordofan, seront absents de la cérémonie de signature.

Le Front révolutionnaire soudanais, qui réunit ces groupes, a soutenu la contestation mais a rejeté la déclaration constitutionnelle, exigeant de participer au gouvernement et davantage de garanties concernant le processus de paix les concernant.

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