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Quand un rescapé de la Shoah se lie d’amitié avec un « gosse de nazi »

L’un est juif et a miraculeusement échappé à la Shoah, l’autre se dit « gosse de nazi », pétri de culpabilité. Deux Belges éprouvés par la tragédie de la Seconde guerre mondiale témoignent désormais côte à côte de leur histoire et de l’amitié profonde qui les unit.

Simon Gronowski et Koenraad Tinel, 88 et 85 ans, doivent recevoir cette année le titre de Docteur honoris causa des Universités libres de Bruxelles, la néerlandophone VUB et la francophone ULB.

« Leur amitié exceptionnelle est un puissant symbole d’espoir, de bonheur et de paix », explique-t-on à la VUB.

Diamétralement opposés au départ, les destins des deux hommes, l’un Bruxellois francophone, l’autre né dans une famille flamande de Gand, se sont croisés en 2012, lorsqu’un militant de l’Union des progressistes juifs de Belgique a eu l’idée de les mettre en contact, expliquent-ils lors d’une rencontre avec l’AFP.

Le jeune homme connaissait leurs deux histoires, dont chacun avait déjà livré un récit poignant.

Simon Gronowski, avocat à la retraite, a raconté dans un livre (« L’Enfant du 20e convoi », 2002) le geste incroyable de sa mère, qui l’a sauvé de la déportation en 1943 en le poussant d’un train en route vers Auschwitz. L’enfant juif, arrêté par la Gestapo à Bruxelles, a alors 11 ans.

Koenraad Tinel, sculpteur et dessinateur, a lui préféré le recueil de dessins (« Scheisseimer », « Seau à merde » en allemand, 2009) pour se décharger du fardeau de la collaboration, dont il a si longtemps porté l’énorme poids. Une oeuvre qu’il a ensuite lui-même transposée sur une scène de théâtre.

Le drame du premier est d’avoir perdu sa soeur et sa mère, jamais revenues des camps nazis. Tandis que le second a dû supporter pendant des décennies l’absence du moindre remords de la part de son père et de ses deux frères ayant combattu pour le IIIe Reich.

« Mon père avait deux idoles, le Christ et Hitler! Essayez de comprendre ça… », lâche Koenraad, les yeux rougis en témoignant au côté de Simon, chez lui à Gammerages dans la campagne du Brabant (centre-ouest).

– L’étreinte et le pardon –

Conséquence des sympathies paternelles: les deux grands frères Tinel sont envoyés, l’aîné sur le front de l’est, le second comme volontaire au côté des Waffen SS flamands.

Et en 1944, à la Libération, poursuit le Flamand, la famille doit fuir vers l’Allemagne: s’ensuivent près de deux années à « se cacher, camper en forêt, avoir faim ». Avant un retour en Belgique synonyme de prison et de dégringolade sociale.

Entre Simon le volubile, habitué à témoigner dans les écoles, y compris à l’étranger, et Koenraad l’émotif, davantage dans la retenue, la connexion a été immédiate lors du premier contact il y a huit ans.

« Quand je lui ai dit que les enfants des coupables ne sont pas coupables, il y a eu un déclic (…) Une grande amitié est née entre nous », dit Simon, qui décrit désormais Koenraad comme son « frère ».

Ce propos sur la culpabilité, « c’était un très beau message pour moi, ça m’a fait un énorme plaisir », souligne le Flamand.

En 2013, l’avocat-auteur et le dessinateur ont cosigné un ouvrage intitulé « Ni victime, ni coupable, enfin libérés ». L’histoire de Simon a aussi inspiré un opéra au compositeur britannique Howard Moody.

Chose encore plus inattendue: le lien noué entre Simon et Koenraad a fini par ébranler les certitudes d’un frère de ce dernier, l’ex « collabo » des SS.

A 88 ans, malade et proche de la mort, ce frère a imploré le pardon de l’ancien enfant juif, dont il avait lui-même été un des geôliers à la caserne Dossin à Malines (nord), d’où est parti le train vers Auschwitz.

Simon Gronowski décrit la rencontre: « il me disait +j’ai besoin de votre pardon pour mourir en paix+. Alors je l’ai pris dans mes bras, et je lui ai pardonné. Ce pardon lui a fait beaucoup de bien mais à moi encore plus ».


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Publié le 05.04.2019

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